Ce projet pour l'Ouest crée quatre régions lisibles », selon Jean Ollivro, professeur à l'Institut d'études politiques de Rennes, géographe spécialiste de
l'aménagement du territoire et du développement régional. Photo : Thomas Brégardis / Infographie Ouest-France.
Le géographe breton Jean Ollivro défend un redécoupage de l'Ouest. Il préconise la formation de quatre grandes
régions au lieu de six, mieux identifiées, plus dynamiques.
La commission Balladur au travail. « Chargée de la réforme des institutions, la commission Balladur apparaît comme un espoir pour les régions de
l'Ouest. En effet, tout le monde souligne que le fonctionnement actuel de la France est trop complexe, dispendieux, et qu'il génère de multiples doublons. Le gouvernement s'attaque donc, avec
raison, à un sujet essentiel, puisque des études démontrent qu'une gouvernance efficace joue le rôle d'un levier pour la prospérité économique des territoires.
La question intervient au moment où nos sociétés sont frappées par une crise financière et économique majeure. Le temps presse. La réforme actuelle peut apporter un
nouveau souffle donnant de l'espoir aux gens en montrant les efforts de l'État pour se caler sur les réalités vécues par les citoyens. Si l'État avance de façon timorée, les gens vont être
déçus.
S'il initie une véritable modernité - et c'est possible - c'est l'ensemble de son image qui sera rénovée. »
Quatre régions au lieu de six. « Dans l'Ouest de la France, un projet utile à tous et permettant de passer de six à quatre régions est, depuis plusieurs années, proposé par les
universitaires et reçoit l'appui des populations (71 % des Normands sont pour la fusion des deux régions). En effet, si le problème de la Bretagne administrée est majeur, d'autres
dysfonctionnements naissent actuellement d'une Normandie divisée, d'une région Pays de la Loire très artificielle, peu reconnue par les populations et correspondant peu aux mobilités ou à la
réalité des échanges économiques (les habitants du Mans sont plus tournés vers Paris que vers Nantes qui apparaît comme une capitale excentrée).
Ce nouveau projet permet de passer de six régions faibles à quatre régions fortes. Il reçoit l'assentiment des populations et offre de multiples avantages. À
l'échelle de l'Europe, la solution crée quatre régions démographiques et économiques de dimension comparable qui se rapprochent des grandes régions européennes (Bavière, Catalogne,
Emilie-Romagne...). »
Dynamiser et rééquilibrer les territoires. « Ce nouveau projet pour l'Ouest crée quatre régions lisibles (l'appellation Val de Loire est reconnue patrimoine mondial de l'humanité
par l'Unesco). Ces identités claires sont utiles pour la promotion économique et touristique des territoires (Normandie ou de Bretagne bénéficient d'une notoriété internationale).
À l'échelle de la France, la création de quatre régions fortes est un atout pour dynamiser la façade atlantique et rééquilibrer le territoire français. En effet,
cette façade atlantique est pour l'heure inorganisée, avec des régions trop faibles, incapable de dynamiser une péninsule qui est la projection naturelle de la France et de l'Europe sur le monde.
Le renforcement économique de cette pointe (notamment l'affirmation de son rôle maritime) créera un contrepoids à la dorsale européenne et permettra ainsi de recentrer la France dans l'Europe.
»
Jouer la complémentarité entre les villes. « À l'échelle des régions, les avantages sont aussi conséquents. Outre la limitation des doublons et des coûts de fonctionnement, on
crée des échelles administratives en correspondance avec les territoires vécus par les populations, ce qui est un atout essentiel pour promouvoir un développement durable, car adaptées à la
singularité et à l'identité des lieux.
Par exemple, il existe une identité propre aux habitants de Saumur, Orléans, Tours, Angers... avec une image commune autour de la Loire, des vignobles, des châteaux,
une forme de douceur et de qualité de vie... Dans les sondages, environ 70 % des habitants de Loire-Atlantique se sentent aussi Bretons et plus personne ne conteste la réalité d'un sentiment
culturel breton en Loire-Atlantique.
Enfin, soulignons que cette affirmation des régions peut permettre aux villes d'être moins concurrentes que complémentaires. Au-delà de rivalités existant entre Rouen et Caen ou entre Nantes et
Rennes, cette réforme peut être l'occasion (à la lumière de ce qui existe aux Pays-Bas ou en Suisse) de limiter le rôle parfois trop exclusif des « capitales » et de renforcer les partenariats
urbains dans l'Ouest.
A une époque où il va falloir se serrer les coudes, avancer ensemble avec des appellations claires c'est un levier pour lancer la France sur la voie d'une réelle régionalisation. »
(Ouest france 26 décembre) Exprimez-vous sur ce sujet dans le forum
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